Cela fait encore deux jours que je n'arrive pas a me lever avant midi, alors que je suis réveillé depuis 6h du matin. Je tourne dans mon lit, tente de me rendormir, mais je repars si vite dans mes pensées...
Je m'en veux d'être comme ça aujourd'hui, sans envie, sans me faire plaisir, a me détruire avec mes "beuveries" nocturnes, a ne pas profiter tout simplement. Je sais que c'est un passage mais culpabilisant...
Je m'en veux car, je parle que j'ai un frère dans mes écrits mais j'ai eu également une grande sœur. Je dis malheureusement "j'ai" car elle est partie il y a maintenant 9 ans. Je pense a elle, pour être franc, de temps en temps, encore plus quand je ne vais pas bien...
La pauvre n'a eu de chance. Pourtant elle est née comme tout le monde sans souci, mais en bas âge elle a du partir en urgence a l'hôpital, je n'ai jamais trop su pourquoi pas parce cela était un sujet tabou mais un sujet trop sensible pour moi et en plus n'ai jamais souhaité remué le couteau dans la plaie envers mes parents... Donc voila, tout ce que je sais c'est que le transfert a l'hôpital a mis trop de temps, elle a du être réanimé pas assez vite je pense car elle a eu de lourdes séquelles. Paralysie sur tout le coté droit entrainant un handicap physique et mentale... Et des hospitalisations qui l'auront suivi et accompagné jusqu'au bout... Elle n'a jamais profité de rien, vraiment vécu...
Petit je n'ai plus trop de souvenir, a part qu'elle passait son temps dans son fauteuil puis dans son lit et le seul mouvement qu'elle pouvait effectué était de remonté son bras gauche contre son œil, sans la moindre parole...
J'ai beaucoup plus de souvenir a partir de mes 15 ans. Souvenirs qui me brassent encore. Nos chambres étaient voisines et toutes les nuits je l'entendais, criée, et je ne saurais jamais si c'était des cris pour parler, ou des cris de douleur. Je me levais le matin et la regardait, lui faisait un petit bisou et je ne saurais jamais s'il elle me reconnaissait. Je ne me souviens pas avoir vu un sourire sur son visage... Et lorsque je sortais les weekends, bien habillé, aspergé de parfum, je quittais ma chambre et je la voyais devant moi, sur son fauteuil, seule, je l'embrassais et je partais... Ça me fendait le cœur...
Et puis un jour, alors que ma sœur était hospitalisé depuis un mois, le téléphone sonne. C'était l'hôpital. Me demandant si mes parents était la et vu qu'ils venaient juste de partir j'ai demandé s'il y avait un message a laisser...( très con comme question) Réponse : " M. vient de décédée"... Grosse claque et grosse prise de panique car mes parents partait a l'hôpital dans l'après midi, et bien sur n'avait pas de portable... Pas le choix j'ai du appeler mon frère qui était chez sa copine, déjà lui apprendre la mauvaise nouvelle (pas évident) et pour qu'il aille prévenir mes parents qui allaient chez des amis avant... Pendant pas mal de temps je n'ai pu m'enlever cette question de ma tête si je n'avais pas répondu au téléphone, si l'on avait pu les prévenir... Cela aurait été un choc encore bien plus terrible pour eux...
Tout cela a été dur pour nous , pour elle ce ne pouvait être qu'une délivrance. Se reposer pour toujours et ne plus souffrir...
Je pense que si je suis quelqu'un qui pense beaucoup, observe beaucoup, et qui est a l'écoute je le dois a cette "malheureuse expérience". Je n'ai jamais su ce qu'elle pouvait penser, ressentir, vivre comme souffrance... Voila pourquoi aujourd'hui quand je rencontre des gens ou vais chez des amis, je ne parle pas beaucoup au début car je regarde les gens un par un, pour apprendre a les connaitre, comment ils se sentent... Et je ne me trompe pas souvent. Je n'ai pas pu aidé ma sœur, mais je peux écouté, aidé un ami, une connaissance, même si l'on ne me le rends pas toujours et que sur le coup cela me blesse. Heureusement je ne suis pas rancunier.
Mais, car il y a toujours un mais, a force de se soucier, de comprendre les autres, on arrive a un moment, a se dire que l'on a pas su se comprendre soi même et s'aider soi même... Malgré tout je ne changerais pas, j'aime être la pour les gens, ma nature est ainsi faite...